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Cyber & Intelligence Artificielle en usine : et si le principal défi n’était pas la technologie ?

Source : Le Poool

Le 9 juin dernier, la CyberPlace à Cesson-Sévigné a vibré au rythme des échanges industriels. Organisé par le Poool et la French Tech Rennes – St-Malo, une trentaine d’industriels, d’experts et de startups du territoire se sont réunis pour un après-midi dédié aux transitions technologiques.

Pour cet événement labellisé Bretagne Cyber Alliance, deux sujets majeurs étaient au cœur des discussions : la cybersécurité et l’intelligence artificielle, deux piliers qui redessinent aujourd’hui les contours de l’usine moderne. Mais loin des grands discours théoriques, les débats ont rapidement ramené tout le monde à une réalité très concrète du terrain : dans l’industrie, la réussite d’un projet technologique se joue d’abord, et avant tout, sur le plan humain et organisationnel.

Cybersécurité : sortir de la culture du rétroviseur

Pour ouvrir l’après-midi, la première table ronde intitulée « Usines sous pression : se protéger des cyberattaques avant l’incident » a donné la parole à Wallack et au Pôle Excellence Cyber. Un titre évocateur pour un constat partagé par l’ensemble des industriels présents : la prise de conscience reste encore trop souvent adossée à l’accident. En clair, tant que l’entreprise n’a pas été touchée ou qu’un sous-traitant direct n’a pas été paralysé, le risque cyber est perçu comme un sujet périphérique.

Pourtant, les intervenants ont bousculé une idée reçue tenace : non, la cybersécurité n’est pas un luxe inaccessible réservé aux grands groupes. Le frein n’est pas uniquement budgétaire. En réalité, un grand nombre de mesures d’hygiène numérique, à la fois simples, accessibles et rapides à activer, ne sont toujours pas en place dans de nombreuses organisations.

L’erreur humaine : le vrai coupable ?

Les discussions ont également permis de déconstruire le réflexe managérial qui consiste à pointer du doigt le collaborateur lorsqu’une attaque réussit (le fameux clic sur le mail de phishing). La réalité terrain est tout autre : dans une organisation où le cadre est clair, les process définis et les équipes régulièrement formées, une seule erreur individuelle ne peut pas suffire à provoquer une crise majeure. Ce qui est en cause, c’est la résilience de la structure globale et sa capacité à infuser les bons réflexes au quotidien. La sécurité est une affaire de culture d’entreprise, pas seulement de pare-feu.

La table ronde s’est prolongée par un format café propice aux échanges directs, permettant aux industriels de partager leurs doutes et de découvrir les solutions concrètes portées par les startups cyber de notre écosystème.

IA en usine : exploiter l’existant et embarquer les équipes

La seconde partie de l’événement a basculé du côté de l’intelligence artificielle avec la table ronde « IA en usine : quand la production, la maintenance et les stocks changent de rythme ». À travers le retour d’expérience de b<>com sur un projet mené avec TDF, et le regard d’Octomiro, les échanges ont pris une tournure très pragmatique.

Le premier enseignement de cette session plaira aux pragmatiques : le défi de l’IA en milieu industriel n’est pas un défi technique. L’enjeu prioritaire pour les directeurs de sites est d’identifier des cas d’usage précis, capables de générer une vraie valeur métier, plutôt que de multiplier les Proof of Concept (PoC) et les expérimentations sans lendemain.

La mine d’or oubliée des données industrielles

Un autre point a fortement résonné dans la salle : la donnée existe déjà. Au fil des années, les lignes de production et les outils de supervision ont accumulé une masse considérable de datas. Le problème ? Elles dorment, inexploitées. Le potentiel de l’IA ne réside donc pas dans la course à l’acquisition de nouvelles technologies coûteuses, mais bien dans la capacité à valoriser ce patrimoine existant pour optimiser les opérations (maintenance prédictive, gestion des stocks, rythmes de production).

Le terrain humain, clé de voûte de la transformation

Mais le moment le plus marquant de l’après-midi est venu illustrer le principal frein à l’adoption : la conduite du changement. Un exemple concret a captivé l’auditoire : une entreprise souhaitait déployer une solution vidéo basée sur l’IA pour analyser les gestes sur une ligne d’emballage, dans une démarche d’amélioration continue et d’accompagnement des opérateurs. Techniquement, le dispositif était prêt. Pourtant, le projet s’est heurté à un refus catégorique des salariés, qui ont perçu ces caméras comme un outil de surveillance intrusive.

La leçon est claire : la technique était au rendez-vous, mais le terrain humain n’avait pas été préparé. Ce cas d’école résume parfaitement le message fort de cette rencontre : le premier facteur de succès d’un projet d’intelligence artificielle dans l’industrie, c’est l’écoute et l’accompagnement des équipes bien avant le déploiement de la solution.

L’après-midi s’est clôturée, à l’image de la première session, par des discussions informelles autour d’un café entre industriels et startups régionales de la cyber et de l’IA.

Ce qu’il faut retenir

Qu’il s’agisse de verrouiller les accès aux systèmes industriels ou d’injecter de l’IA dans les processus de production, les outils technologiques sont en partie matures et disponibles sur notre territoire. La clé de la réussite réside désormais dans la capacité des dirigeants à transformer leurs organisations, à simplifier leurs approches et, surtout, à placer la confiance et l’humain au centre de la transition numérique.

Publié le 07 juillet 2026 par Anna Deguelle (article rédigé en lien avec Le Poool)

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